Pas plus de deux semaines à l’étranger pour les assistés sociaux

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Journal de Montréal – 27 janvier 2015.

Journal de Montréal - Pas plus de deux semaines à l'étranger pour les assistés sociauxLes prestataires de l’aide sociale ne pourront voyager plus de deux semaines à l’étranger sans être pénalisés selon de nouvelles mesures qui seront annoncées sous peu par Québec, ce qui renforcera les préjugés envers les assistés sociaux, déplorent les organismes qui leur viennent en aide.​​

«Il n’existe pas de Club Med pour les assistés sociaux! s’exclame Russell Harrison, un ancien enseignant d’anglais qui vit maintenant de l’aide sociale. C’est un mensonge de dire que les assistés sociaux ont les moyens de se payer des vacances.»

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(Image: Journal de Montréal, Pierre-Paul Poulin)

Le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale devrait présenter «très bientôt» des «ajustements» à l’aide sociale, a confirmé au Journal Julie White, attachée de presse du ministre François Blais. Ces mesures permettraient d’économiser entre 10 et 15 M$, sur un budget total de 2,9 G$ par année, selon le ministère.

Un bénéficiaire de l’aide sociale ne pourra plus partir deux mois à l’extérieur du Québec (le maximum, présentement), mais seulement 15 jours.

Plusieurs groupes sociaux, réunis en conférence de presse hier, dénonçaient que le gouvernement propage des idées fausses sur les prestataires de l’aide sociale. «On ne vit pas bien sur le BS, a martelé David Régnier, d’ATD Quart-Monde. Ce n’est pas vrai qu’on a les moyens d’aller en vacances en Floride.»

 «Ceux qui se retrouvent dans cette situation, ce sont des gens qui doivent aller voir leur famille malade à l’étranger, par exemple», a expliqué Cathy Inouye, de Projet Genèse.

Un seul «chambreur»

Une autre mesure de la réforme de l’aide sociale pénaliserait les prestataires qui louent plus d’une chambre dans leur appartement. Actuellement, une personne qui reçoit de l’aide sociale peut avoir un maximum de deux colocataires, lorsque seul son nom figure dans le bail.

C’est le cas de Jonathan, un jeune Montréalais qui a préféré taire son nom de famille par crainte de représailles du bureau d’aide sociale. Il a dû déclarer qu’il avait seulement deux colocataires dans son 6 1/2 pour mettre fin à son calvaire, alors qu’il en a trois. C’est que l’aide sociale lui enlevait 40 % de ses «revenus». Résultat: il se retrouvait avec un chèque mensuel de 120 $.

«Comment je suis censé vivre avec ce montant-là, payer mon loyer? Ça n’a aucun sens!» s’exclame-t-il.

Si le nombre de chambreurs accepté est réduit à un seul, Jonathan ne sait pas comment il arrivera.

«On ne s’attaque pas au bon endroit, avec cette réforme, croit l’avocat Jimmy Lambert, spécialisé en droit social. C’est un coup d’épée dans l’eau… Mais pendant ce temps-là, on ne débusque pas les vrais fraudeurs.»

La réforme de l’aide sociale prévoirait également de pénaliser les prestataires qui possèdent une résidence dont la valeur dépasse 200 000 $.

«Le gouvernement reconnaît que seulement quelques centaines de personnes pourraient être touchées par ces mesures, affirme David Régnier. Et pendant ce temps, il ne s’attaque pas aux “vraies affaires”, c’est-à-dire aider ces personnes à retourner sur le marché de l’emploi.»

Camille Laurin-Desjardins

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